Lundi 29 octobre 2007
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Vous avez publié un extrait du blog de Jean Luc Mélenchon et je souhaiterais porter à la connaissance de vos lecteurs que les affirmations qu’il y tient sont totalement mensongères.
Je ne participe à aucune conférence payante organisée par le patronat contrairement à ce qui a été publié.
Mon déplacement en Argentine et au Chili fait suite à des contacts amicaux et réguliers. J’ai rencontré Cristina Kirchner en Argentine qui m’avait invitée lors de sa visite pendant la campagne présidentielle française, avant sa probable élection dimanche à la Présidence de la République. J’ai également rencontré une des principales organisations syndicales la CTA ainsi que les Mères de la Place de Mai. La presse argentine a d’ailleurs largement rendu compte de ces contacts.
Au Chili, je rencontrerai Michelle Bachelet, Isabelle Allende et Carlos Umonami ainsi que plusieurs ONG.
L’importance politique de ces déplacements et la qualité de l’accueil que je reçois renforcent l’amitié de ces pays avec la France et mérite mieux que de grossiers commentaires mensongers qui n’honorent pas leur auteur, membre du Parlement français dont on attendrait un comportement un peu plus éthique.
Ségolène Royal
Par Désirs d'Avenir 35
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Dimanche 28 octobre 2007
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Rien n'est simple au PS, surtout lorsqu'il est question de l'Europe. Si la majorité du bureau national semble acquise à la la ratification du traité de Lisbonne, ce n'est pas l'option qui a le plus de chances d'être soumise au vote par la direction, le 6 novembre, devant cette instance.
Beaucoup, y compris parmi les partisans du oui, parient qu'au terme des consultations qu'elle a engagées, la direction du PS reprendra l'idée d'un compromis sur la base d'une abstention des parlementaires socialistes, avancée par Benoit Hamon, secrétaire national chargé du projet européen. "La terrible blessure du référendum constitutionnel de 2005 continue de nous traumatiser", constate le député Michel Sapin qui, favorable au traité, redoute "une synthèse molle". Pour éviter une telle issue, certains partisans du oui s'activent pour faire pression sur la direction.
Favorable au "non" en 2005, le député européen Vincent Peillon a décidé de se prononcer en faveur du traité de Lisbonne. Dans son sillage, une quinzaine de dirigeants socialistes, députés et/ou membres du bureau national, anciens "nonistes" comme lui au sein du courant Nouveau parti socialiste (NPS) dont il fut l'un des fondateurs, ont fait le même choix. La semaine prochaine, sera diffusé un texte qui, outre par M. Peillon, sera notamment signé par les députés Pascal Terrasse (Ardèche) et Jacques Bascou (Aude), le sénateur David Assouline (Paris) ainsi que les premiers secrétaires fédéraux Eric Andrieu (Aude) et Jean-Jacques Thomas (Aisne). "En 2005, nous avions appelé à voter non au référendum, espérant créer un rapport de forces qui permettrait de renégocier le traité constitutionnel dans de meilleures conditions mais ce n'est pas ce qui s'est passé. Cette fois, si ce traité n'aboutit pas, il n'y aura pas de nouvelle renégociation", insiste M. Peillon.
Selon lui, "l'abstention est une position illisible, mortifère, qui nous fera prendre des coups aussi bien de la part des partisans du oui que des partisans du non et qui, en tout état de cause, ne permettra pas de réunir tous les socialistes". Se prononcer en faveur du texte, conclut-il, "nous met en situation de demander des comptes à Nicolas Sarkozy sur la prochaine présidence française". Certaines fédérations veulent peser dans le même sens. "Lorsque l'on exige un référendum, ce n'est pas pour s'abstenir" considère Eugène Caselli, premier secrétaire fédéral des Bouches-du-Rhône qui souhaite que le PS "s'affranchisse enfin de la tutelle qu'exercent les partisans du non". Jean-Jacques Urvoas, député et premier secrétaire fédéral du Finistère, s'attend que "beaucoup d'élus bretons, et non des moindres, se mettent en congé de parti jusqu'aux municipales si l'on n'appelle pas à voter oui".
Sommé de trancher entre le oui et l'abstention, François Hollande qui avait beaucoup pâti des divisions nées du référendum de 2005, s'apprête encore à jouer une partie délicate. Gaëtan Gorce, député "rénovateur" de la Nièvre qui a claqué la porte du secrétariat national cet été, affûte déjà ses arguments. "Il faut ramener ce traité à ce qu'il est; un texte a minima susceptible de débloquer l'Europe. Si le PS n'est pas capable de trancher sur un tel sujet, c'est qu'il est bien malade, et si la direction n'a que l'abstention à proposer, alors qu'elle s'abstienne de se présenter comme la direction", lâche-t-il. Du côté des fabiusiens, très attachés à une synthèse qui témoignerait d'un regain de leur influence, aucun éclat de voix ne se fait entendre. "Lors du bureau national, la plupart des interventions allaient dans le sens de la recherche d'un accord", assure Claude Bartolone, député de Seine-Saint-Denis, qui plaide pour que les parlementaires socialistes ne participent pas au vote sur la Constitution.
"Entre les deux pièges qui nous sont tendus – celui de la division et celui de l'inconsistance –, il nous faut choisir le moindre", résume, fataliste, Pierre Moscovici. Favorable au oui, il précise qu'il se conformera à la décision finale. Si le PS se prononce en faveur de la ratification, il n'est pas sûr que ce sera le cas de tout le monde.
Jean-Michel Normand / Le Monde
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Dimanche 28 octobre 2007
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L'ancienne candidate à la présidentielle se prépare déjà pour la prochaine échéance, en 2012. Pour cela, elle n'écarte pas l'idée de devenir première secrétaire du PS. Quitte à affronter pour ce poste Bertrand Delanoë.
SEGOLENE ROYAL, en voyage en Argentine et au Chili, ne participera pas ce matin au conseil national du PS. Pas plus que Bertrand Delanoë, envolé, lui, pour le Vietnam et la Corée du Sud. C'est cependant la perspective de leur affrontement qui occupe déjà, à un an du congrès, les conversations entre socialistes.
Depuis que le maire de Paris, comme il l'a clairement laissé entendre fin août à La Rochelle, envisage de se porter candidat au poste de premier secrétaire du PS. Et depuis que la présidente de la région Poitou-Charentes, lundi dans une interview à « Libération », n'a évidemment pas exclu l'hypothèse de sa propre candidature à ce même poste. Affirmant qu'elle n'est « pas en hibernation ». Qu'elle « travaille ». Et que, « le jour où je dirai : On y va, nous irons vraiment ».
De fait, l'ex-candidate à la présidentielle est loin d'être inerte. Elle a pris de nouveaux locaux, boulevard Raspail (Paris VI), a confié l'animation des réseaux Désirs d'avenir à son ami, l'avocat Jean-Pierre Mignard, voyage beaucoup. « Elle se cultive, approfondit les grands dossiers », selon l'un de ses soutiens. Dîne avec des « intellectuels », pour parler de la « désoccidentalisation du monde », par exemple. Demande humblement des conseils à tel ami de Dominique Strauss-Kahn. Invite tel parlementaire européen proche de François Hollande à parler d'Europe, chez elle, en toute discrétion.
Sûre de son objectif - être de nouveau la candidate du PS en 2012 -, Royal cherche le meilleur moyen d'y arriver. Si elle a renoncé à bâtir son propre courant, elle n'a pas abandonné l'idée de prendre la tête du PS. « Elle s'interroge et n'a pas tranché », confie Jean-Louis Bianco, son ancien codirecteur de campagne. « Elle s'y prépare, mais elle ne veut pas s'y laisser embarquer, être instrumentalisée, croit savoir un autre élu. Elle veut choisir le quand, le pourquoi, le comment. »
« Elle n'a rien à perdre à aller à une confrontation avec Delanoë »
Son entourage est cependant très partagé sur l'opportunité pour Royal de se porter candidate au poste de premier secrétaire, tant il apparaît évident qu'alors Delanoë serait candidat lui aussi. Or, « la priorité pour le PS est à la rénovation de la ligne. Celle-ci ne pourra pas se faire par une désignation présidentielle anticipée », estime Gilles Savary, député européen, proche de Royal. « Elle n'a rien à perdre à aller à une confrontation avec Delanoë, juge au contraire un autre député. Car seule une réaction de l'appareil, du type tout sauf Ségolène, donc forcément hétéroclite, pourrait l'empêcher de gagner. » Reste que ni Hollande, ni Fabius, ni les partisans de Strauss-Kahn n'ont intérêt à devenir, au congrès, les simples spectateurs d'un « choc » Delanoë-Royal. D'où les propositions qui fleurissent, rue de Solferino, d'une « direction collective » ou d'un « axe majoritaire » autour d'un premier secrétaire « de transition ». « Aujourd'hui, tout le monde bloque tout le monde, car personne ne sait comment aborder la séquence suivante », résume un membre du bureau national. En clair, et pour des mois encore, il pourrait ne rien se passer au PS...
Par Nathalie Segaunes pour le site internet du Parisien
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Vendredi 26 octobre 2007
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Ségolène Royal observe que plusieurs annonces de décisions faites à l'issue du Grenelle de l'environnement sont la reprise de propositions – contestées à l'époque – qu'elle avait faites pendant la campagne présidentielle : gel des OGM, du nombre de centrales nucléaires, plan d'économies d'énergie dans les bâtiments, … Et elle ne peut donc que s'en féliciter.
De même, elle note avec satisfaction que le processus mené par Jean-Louis Borloo pour aboutir aux annonces faites, est ni plus ni moins une démarche participative.
Si des avancées positives sont à noter, deux points méritent des regrets quant aux options choisies : sur les pesticides, l'engagement pris de réduction est à la fois flou, lointain et insuffisamment contraignant. Quant à la taxe sur les énergies fossiles, elle constitue un danger pour le pouvoir d'achat des Français. Il aurait mieux valu accorder des avantages fiscaux aux produits écologiquement propres.
Ségolène Royal attend désormais, comme les Français et les participants au Grenelle de l'environnement, que les annonces faites aujourd'hui se traduisent par des actes. C'est sur les actes que devra être jugé, au final, ce Grenelle.
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Vendredi 26 octobre 2007
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OGM
- La culture commerciale des OGM sera "suspendue en attendant les conclusions d'une expertise à conduire par une nouvelle instance qui sera créée avant la fin de l'année"
- vote d'une loi au printemps 2008 pour transposer la directive européenne sur les OGM. Les principes de transparence, de droit à cultiver avec ou sans OGM et d'obligation de prouver l'intérêt sanitaire et environnemental des OGM "seront inscrits" dans ce projet de loi.
- poursuite de la recherche sur les OGM selon des modalités à définir
TRANSPORTS
- construction avant 2020 de 2.000km de lignes TGV, soit un programme de 70 milliards d'euros financé par l'Etat à hauteur de 16 milliards d'euros
- extension de 329km à 1.500km du réseau de tramways hors Ile-de-France, soit 17 milliards d'euros d'investissements, dont 4 par l'Etat
- "écopastille": système de bonus-malus pour favoriser l'achat de voitures propres
- plan d'investissement dans les liaisons fluviales pour retirer des routes un million de camions en 2020
LOGEMENT
- l'ensemble des bâtiments devra respecter une nouvelle réglementation limitant la consommation d'énergie: les logements neufs ne pourront pas consommer plus de 80 KWh par mètre carré en 2010 et de 50 KWh en 2012.
- interdiction "dès 2010" des ampoules à incandescence et des fenêtres à simple vitrage
ENERGIE
- poursuite de l'énergie nucléaire sans création de site nouveau
- programme national des énergies renouvelables pour dépasser l'objectif européen de 20% de la consommation d'énergie en 2020
AGRICULTURE
- réduction de moitié de l'usage des pesticides "si possible dans les dix ans qui viennent" et "en accélérant la mise au point de produits de substitution"
- un repas "au moins une fois par semaine" dans toutes les cantines publiques issu de l'agriculture biologique
BIODIVERSITE
- création d'une "trame verte"
SANTE
- interdiction à la vente dès 2008 des phytosanitaires "contenant des substances extrêmement préoccupantes"
- définition concertée en 2008 d'un "plan national santé environnement II pour les années 2009-2012, couvrant les nouvelles technologies, les transports, les nouvelles pathologies et l'équité environnementale"
- insonorisation avant cinq ans de tous les logements dégradés à proximité des aéroports
- adoption d'une nouvelle loi sur l'air
RECHERCHE
- l'Etat consacrera "plus d'un milliard d'euros" sur quatre ans à la recherche environnementale
ADMINISTRATION
- tous les ministères feront leur bilan carbone dès 2008 et engageront un plan pour réduire de 20% leur efficacité énergétique
- le code des marchés publics sera réformé pour rendre les clauses environnementales obligatoires
- tous les nouveaux véhicules des administrations devront être propres dès 2009
TAXES
- instauration d'une taxe sur les poids lourds étrangers qui traversent la France
- taxe écologique annuelle sur les voitures neuves les plus polluantes
- création d'une TVA à taux réduit sur les produits écologiques
- demande à l'Union européenne d'étudier une taxe sur les produits importés venant de pays qui ne respectent pas le protocole de Kyoto
- étude dans le cadre de la révision générale des prélèvements obligatoires d'une "taxe climat-énergie" en contrepartie d'un allègement de la taxation du travail.
Source : AP
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Vendredi 26 octobre 2007
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"Associer l'ensemble des citoyens à la prise de décision publique au travers de nouvelles formes de délibération collective, pour revivifier la participation politique et lutter contre les populismes". C'est en ces termes que Ségolène Royal, Présidente de la Région Poitou-Charentes et Claudio Martini, Président de la Région Toscane, ont réaffirmé leur volonté commune de promouvoir la démocratie participative, lors d'une conférence de presse à Florence le 17 octobre 2007.
Ils confirment ainsi la coopération de leurs Régions, associées à la Catalogne autour d'un projet de Fondation Européenne pour la Démocratie Participative.
Carrefour des expériences innovantes et des savoirs au service de la démocratie participative, ce réseau s'incarnera sur la toile dès le 19 novembre prochain, avec le lancement du portail multilingue www.demo-part.org.
Prenant appui sur le double constat de l’émergence réelle d’une démocratie participative et d’un intérêt scientifique fort pour cette question, les trois régions, réunies depuis 2006 au sein du Réseau européen pour la démocratie participative (préfiguration de la Fondation), « souhaitent contribuer à la rencontre et à l’échange entre les différents acteurs de ce mouvement », comme l’ont expliqué à Florence mercredi dernier Ségolène Royal et Claudio Martini, président de la Région Toscane.
PRESENTATION DU SITE INTERNET WWW.DEMO-PART.ORG
Afin de donner une dimension véritablement internationale et ouverte à tous à son activité, le Réseau européen pour la démocratie participative a choisi de s’appuyer sur un outil performant fondé sur les technologies les plus innovantes en matière d’Internet participatif.
Plateforme publique d’information et de débat, www.demo-part.org sera lancé le 19 novembre 2007. Il vivra des contributions de chercheurs, de citoyens, de membres de collectivités et d’organismes intéressés par les nouvelles formes de partage du pouvoir qui se jouent au travers des expériences de démocratie participative. Son ambition est de constituer un espace de diffusion des expériences de démocratie participative et des analyses qu’elles suscitent, de convergence des initiatives et d’impulsion de nouvelles coopérations dans le domaine de la participation aux décisions publiques.
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Jeudi 25 octobre 2007
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Les dessous du duel Ségo-Sarko
Le numéro deux du PS raconte comment, entre les deux tours de l’élection présidentielle, Ségolène Royal, se sentant piégée, a décidé de cogner, quitte à bouleverser le scénario du face-à-face télévisé mis au point par leurs équipes.
Il n’y a pas eu d’entraînement spécifique. Le mardi, Ségolène a étudié les notes. Le mercredi matin, nous avons essayé de cadrer le débat et ses enjeux. Nous lui avons dit : « Tu n’as qu’un objectif, c’est de convaincre les électeurs de Bayrou. Aujourd’hui ils sont à 40% pour toi, à 40% pour Sarkozy, et 20% hésitent ou s’abstiendraient. Si, à l’issue du débat, 60% d’entre eux votent pour toi et 40% pour Sarkozy, tu peux encore gagner l’élection... Et qu’attendent les électeurs de Bayrou ? Que tu leur parles de la République impartiale. »
Après quoi, nous avons pointé les trois faiblesses du pacte présidentiel : les 35 heures, les retraites et le nucléaire. Sur ce dernier sujet, Ségolène était au point, elle savait argumenter. Nous nous doutions que, soigneusement renseigné par Eric Besson, Nicolas Sarkozy essaierait d’attirer Ségolène dans le piège : « Oui ou non, madame Royal, êtes-vous favorable à la généralisation des 35 heures ? » Je conseille alors à Ségolène de déclarer qu’elle n’est pas favorable à la généralisation des 35 heures. Mais, dans un éclat de rire, elle répond par sa phrase habituelle : « Hou là là, si je vais jusque-là, ça va tanguer au PS. » Seule porte de sortie : il n’y aura pas de généralisation, mais une extension des 35 heures après accord complet avec les partenaires sociaux par branches professionnelles.
Sujet plus complexe : la retraite. Ségolène s’interroge : comment répondre à cette question alors que le projet socialiste l’élude ? Certes, il faut prendre en compte la pénibilité, mais c’est insuffisant. Je lui souffle : quarante années de travail pour tous, public-privé. C’est simple, égalisation totale. Ségolène nous livre une idée de François : taxer les revenus du capital pour qu’ils apportent leur part de solidarité aux retraites, et notamment au fond de réserve des retraites qui a été vidé par la droite sans que personne s’en aperçoive. Ségolène n’a pas eu le temps de s’approprier cette suggestion. Elle la retient néanmoins. Nous attaquons alors la répétition générale en commençant par ce fameux chapitre de l’Etat impartial sur lequel nous lui avons conseillé de centrer tout le débat. Malheureusement, comme on le verra, elle sera littéralement déstabilisée durant les premières minutes de l’émission.
Quand nous arrivons au studio, l’atmosphère est déjà fraîche, mais, surtout, la température est glaciale : à peine 17 °C . Nous remarquons une soufflerie d’air conditionné sous le siège de Sarkozy. Nous protestons énergiquement, Ségolène est en jupe et elle ne va pas manquer d’être gênée par cet air glacial montant du sol. L’explication : Nicolas Sarkozy transpire dès que la température se réchauffe un tant soit peu. Et, un visage en sueur, à l’écran, peut être interprété comme un signe de stress. Julien Dray donne un coup de pied dans la machine à air puisé et nous déclarons que nous ne participerons pas au débat dans ces conditions et que nous ferons savoir pourquoi. La température remonte rapidement à 21 °C . Ségolène entre dans sa loge. Il n’y a pas une goutte d’eau. Cela donne une idée de l’ambiance. Il est 20 h 50. Le débat doit commencer à 21 heures. La veille, durant la préparation, Nathalie Rastoin avait répété qu’il fallait trouver un moyen de « casser les codes ». C’était son expression. Face à un adversaire tel que Sarkozy et dans une émission de cette nature, c’était une idée qui valait qu’on s’y attarde. Nous avons pensé aux heures supplémentaires exonérées, auxquelles l’électoral «populaire» est sensible. Dans l’abondant courrier reçu par le parti, j’avais remarqué la feuille de paie d’un ouvrier de Bourgogne : après trente-deux années passées dans son entreprise, il était payé 986 euros par mois. Quand il faisait des heures supplémentaires - trois, en l’occurrence -, son patron les portait sur le bulletin de salaire, mais ne les payait pas. J’ai dit à Ségolène : « Quand le sujet sera abordé, Sarkozy tiendra son discours habituel en faveur des heures supplémentaires non exonérées permettant aux gens de «travailler plus pour gagner plus». A ce moment-là, tu te lèves, tu déposes devant lui le bulletin de paie de notre ouvrier bourguignon et tu lui demandes de le lire à l’antenne. » Ségolène fait la moue. Elle ne le « sent » pas. Au moment de partir pour le studio, nous glissons la feuille de paie dans sa chemise. Mais, en arrivant, nous constatons que le plateau est surélevé de 20 cm . Je mets en garde Ségolène : si elle se lève, qu’elle prenne garde à ne pas tomber. Peut-être cette crainte l’a-t-elle dissuadée de le faire. Toujours est-il qu’elle a gardé pour elle l’histoire du Bourguignon et de son bulletin de paie. Ce qui n’aurait sans doute pas changé l’issue de l’élection présidentielle !
Enfin, comme vous le savez, il était prévu que les journalistes n’interviendraient pas dans le débat. Ils devaient introduire les thèmes et préciser le temps de parole des candidats, laissant ainsi une grande liberté aux deux interlocuteurs. Or, ouvrant le débat, Patrick Poivre d’Arvor demande aux candidats, contre toute attente, de définir leur « état d’esprit » en cet instant. Ségolène se contente de deux mots : « Sereine et déterminée ». Mais Sarkozy se lance dans une tirade vraisemblablement préparée avec soin. Ce contretemps a un peu déstabilisé Ségolène. Dans de telles circonstances, les détails ont des effets disproportionnés. (...)
Le tirage au sort lui vaut de parler la deuxième. Elle est alors persuadée que le débat ne va pas se dérouler comme annoncé, qu’elle va être « piégée ». Et elle démarre sur le mode offensif. La connaissant mieux désormais, j’imagine qu’elle se sent en position de challenger, en retard sur son adversaire, et qu’elle décide d’attaquer, quitte à déstructurer le plan mis au point par les deux équipes. (...)
Rien de tout cela n’est programmé : nous y voyons la part de spontanéité propre à Ségolène. Ensuite, Julien et moi jugeons qu’elle « fait » trop long. Le premier « coup de gueule », c’est bien. Mais, le second, c’est excessif. Plus globalement, l’effet de ce débat sur les électeurs me laissera perplexe. J’avais mis en place avec un institut une mesure de l’impact. Dans leur majorité, les électeurs consultés ont découvert la stature de Ségolène, mais elle ne convainc pas les électeurs de Bayrou. Ceux-là mêmes qu’il fallait conquérir.
L’appel à Bayrou
Lors de la réunion du lundi matin qui suit le premier tour ; François Hollande propose de poursuivre la même stratégie de rassemblement à gauche. Ségolène essaie de lancer un débat sur le score de François Bayrou. Personne ne réagit sans doute à cause de la fatigue. Julien Dray et moi restons seuls avec Ségolène ; et c’est lui qui lance : « Il faut faire quelque chose en direction de Bayrou. » Je vais plus loin, volontairement j’ajoute : « Tu as perdu l’élection présidentielle à cet instant, sauf si tu annonces que tu prendras Bayrou comme Premier ministre s’il appelle à voter pour toi. » Puis, poussant la tactique de la provocation, je précise : « Il faut trouver le moyen pour que Bayrou appelle à voter pour toi au second tour. Il faut lui lancer un appel. » Julien est d’accord ; elle aussi ; bien qu’elle reprenne à l’occasion une de ses expressions favorites : « Ca va tanguer ! » J’insiste : « Ségolène, est-ce que tu veux être présidente de la République ? Tiens-tu à gagner cette élection présidentielle ? Si on ne fait rien, elle est perdue. » Et elle me dit banco !(...)
Tout s’est joué la première semaine de l’entre-deux- tours. Nous avons été près de réussir et de vaincre les résistances. Malheureusement, Bayrou, qui s’était senti agressé pendant la campagne par certains d’entre nous, pouvait douter de notre sincérité. Toujours ce lundi, Gérard Collomb, le maire de Lyon, se joint à nous et s’accorde à notre point de vue. Julien Dray trouve la formule « une alliance arc-en-ciel. .. » En catastrophe, nous organisons un meeting à Valence, pour le soir même. Dans le TGV, la petite équipe, Ségolène, Julien Dray, Patrick Menucci et moi-même nous endormons, épuisés. Seul, Gérard Collomb rédige un projet d’appel à Bayrou pendant que nous récupérons. Arrivés à Valence, nous relisons, Gérard et moi, le texte de l’appel que s’apprête à lancer Ségolène. Je le trouve un peu fort. (...) Ségolène me demande de prévenir François. Il monte aussitôt sur ses grands chevaux :« Un appel à Bayrou ? C’est impossible. Vous ne pouvez pas, vous n’avez pas le droit. Si vous lancez cet appel, la campagne de Ségolène est terminée ce soir. Elle a perdu. » J’argumente en vain. « Passe-moi Ségolène, vous ne pouvez pas faire une chose pareille. » Je raccroche. Ségolène me regarde : « Alors ? Qu’est-ce qu’il en pense ? »« Il est violemment contre... Je te propose de tenir compte de ses remarques et d’ajouter à ton appel les mots : « sur la base du pacte présidentiel ». » Elle dit : « C’est bien, c’est une démarche de rassemblement. Et sur cette base-là, qu’est-ce qu’il en pense ? -A mon avis, il est toujours contre. » A ce moment-là, le portable de Ségolène sonne. C’est François Hollande. Elle lui dit calmement : « Tu es premier secrétaire du PS, je t’entends, mais je suis candidate à la présidentielle et c’est moi qui décide des communiqués que je fais. Et ce communiqué, je le lancerai dans une heure. » Gérard est un peu estomaqué :« Quelle femme ! »
« De François à Ségolène », entretiens avec Philippe Alexandre, Fayard, 322 pages, 19 euros.
Source : Nouvelobs
Par Désirs d'Avenir 35
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Lundi 22 octobre 2007
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11:47
Très silencieuse ces dernières semaines, Ségolène Royal confirme à Libération que sa détermination reste intacte pour mener la rénovation du PS. Depuis Rome où elle a rencontré Walter Veltroni, le nouveau leader du Parti démocrate italien, elle ajoute qu’elle jouera son rôle de première opposante à la politique de Nicolas Sarkozy.
Où en êtes-vous de votre réflexion ? Serez-vous candidate au premier secrétariat ?
Je n’ai pas pris ma décision. Cela viendra le moment venu. A partir du moment où je ne quitte pas la politique, on ne peut pas faire de la politique sans parti. J’observe ce qui se passe, mais je ne veux pas me placer dans des logiques de conflits internes.
Cette indécision n’a-t-elle pas désorienté vos proches ?
C’est vrai que c’est un peu déstabilisant pour mon entourage, qui se demande pourquoi je ne repars pas sabre au clair. Certains se sont inquiétés, ont demandé des consignes. Je leur explique que la politique est faite d’étapes. Et qu’il ne faut pas que je me laisse happer par le système. Le jour où je leur dirai : «On y va», nous irons vraiment.
Combien de temps durera votre réflexion ?
Rassurez-vous, je ne suis pas en hibernation. Je travaille avec d’autres, j’accepte les invitations à l’international et je me bats pour ma région. C’est essentiel. Et je mettrai ce travail au service du collectif.
Comment allez-vous désormais participer à la vie du parti ?
J’ai rassemblé 17 millions de voix, après avoir été désignée par 60% des adhérents du parti. J’ai des responsabilités à l’égard de tous et toutes. Je ne peux donc pas me laisser attirer dans je ne sais quel piège de tactique interne. Rassembler, expliquer, fédérer, voilà le seul rôle que je me donne. Et mettre au service de la gauche et des Français le potentiel de l’élection présidentielle.
La rentrée politique a été marquée par une profusion de livres très sévères à votre égard. Vous ont-ils affecté ?
Oui. Ça laisse toujours des traces, on est toujours touché. D’ailleurs, c’est bien l’objectif. Mais c’est passé. L’important est que les gens se disent et me disent que je me suis bien battue.
Irez-vous au Conseil National de samedi ?
Je serai probablement en Argentine pour l’élection de Cristina Kirchner, puis au Chili. Sinon, j’y serais allée.
Vous venez de rencontrer Walter Veltroni. L’exemple de la primaire italienne est-il envisageable en France ?
Tous les dirigeants italiens ont accepté l’émergence parmi eux d’un leader, avec trois millions et demi d’électeurs qui ont payé un euro pour participer. Au PS, les militants à 20 euros ont été parfois contestés. Mais la réflexion doit se poursuivre. Je sais que ce n’est pas facile, car nous héritons d’un système sécurisant pour les courants, avec ce que cela signifie de contrôle des fédérations et de positions verrouillées. Mais au PS, nous avons tous compris, certes à des degrés divers, que ce système devait changer. L’exemple italien doit nous faire réfléchir.
Comment faire évoluer le PS ?
Il faut rendre la parole aux militants. Mais aussi faire voter des gens qui ne sont pas adhérents du parti, comme en Italie. La préoccupation de l’organisation ne doit pas être l’organisation elle-même.
Cela ne semble pas être la tendance actuelle au sein du PS…
Il existe toujours dans le parti cette ligne élitiste sur la crainte d’une transformation en «parti de supporters». Mais qu’est-ce que ça veut dire? Cette conception condescendante me choque. Pourquoi considérer les gens comme des écervelés, qui choisissent à la tête du client? Peut-être qu’ils adhèrent aussi à des idées…
La fusion à l’italienne entre socialistes et centristes vous inspire-t-elle ?
Ce qui se passe en Italie montre bien que des recompositions sont nécessaires. L’alliance, contre la droite, entre un parti issu du parti communiste et un parti du centre, d’inspiration chrétienne, est très intéressante. Il y aura forcément, en France aussi, des recompositions entre centre et PS. Et ce ne sera pas en laissant de côté les militants venus de l’extrême gauche ou du PC.
Avez-vous poursuivi vos contacts avec François Bayrou ?
Non. Je ne suis pas encore dans cette phase. Je la poursuivrai quand j’aurai achevé la précédente, celle de la réflexion et de la reconstruction. Mais nous sommes à un tournant. L’électorat a évolué, avec de nouvelles générations qui n’ont pas connu l’histoire du PS et du PC, et qui ont d’autres comportements électoraux. Et parmi les centristes, il y a des démocrates qui peuvent se reconnaître dans un projet politique qui ne sacrifierait pas pour autant l’identité de la gauche. On m’a critiquée pour ma démarche d’entre les deux tours, mais soyons réalistes : dans de nombreuses villes, aux municipales, cette convergence devra s’opérer.
Est-il réaliste d’envisager un tel rapprochement en France ?
On doit se poser la question d’un rassemblement du camp de la gauche et de tous ceux qui ont une conception exigeante de la démocratie, destiné à passer la barre des 30% au premier tour d’une élection nationale et qui aurait vocation à être leader au niveau de la gauche européenne – laquelle, reconnaissons-le, tangue un peu. Depuis Tony Blair, même si certains aspects de son leadership étaient discutables, la gauche n’a plus de leader capable d’entraîner les mouvements progressistes en Europe.
Quelle est votre position sur le mini-traité ?
A partir du moment où le peuple a refusé le précédent, il serait logique de le consulter à nouveau. Mais je crois que ce traité, même imparfait, peut remettre l’Europe en marche. J’aurais préféré un texte avec moins de dérogations. Mais mieux vaut un compromis que rien. L’intégration de la Charte européenne des droits fondamentaux est une avancée très importante. C’est pourquoi nous devons faire bloc avec les socialistes portugais, espagnols, allemands et les autres, et adopter ce texte le plus vite possible pour passer à l’étape suivante : la préparation du traité social. La question de la procédure d’adoption, référendaire ou parlementaire, n’est plus une question de principe. Nous n’avons pas de temps à perdre à nous diviser.
Pourquoi vous êtes-vous montrée si discrète, ces derniers temps, sur la politique gouvernementale ?
Ce n’est pas exact. Mais je n’ai pas l’intention de commenter le moindre fait et geste du Président. Il faudrait pour cela passer toute la journée devant la télévision, ou presque ! A ce propos, le CSA, qui refuse de comptabiliser le temps de parole de Nicolas Sarkozy, manifeste une piètre conception de la démocratie. Mais rassurez-vous, l’opposition est bien là.
Comment définissez-vous aujourd’hui votre rôle d’opposante ?
Je dois utiliser ma voix avec circonspection, quand je la sens utile au débat démocratique. Mais cela ne sert à rien de mener une opposition frontale, à tout propos.
Quel regard portez-vous sur la pratique sarkozyste du pouvoir ?
Ce qui me frappe, c’est le contraste entre le discours, le changement de style et, au fond, un grand archaïsme dans la façon de procéder. Le pouvoir actuel est très proche des puissances d’argent, du Medef. On ne parle ni d’éducation, ni d’innovation, ni de PME, ni de modernisation économique. Sur les mesures fiscales, on a un pays endetté qui se prive de marges de manœuvres au profit des plus privilégiés, suivant en cela les réflexes les plus éculés de la droite traditionaliste et rentière.
Que dit selon vous le mouvement social de la semaine dernière ?
Nicolas Sarkozy, pendant la campagne, avait expliqué que tout était prêt… Or, on est dans l’improvisation totale. On aurait pu penser qu’on allait échapper à l’affrontement social, à la grève des transports. Mais à l’arrivée, on a un pouvoir qui ressemble piteusement à tout ce qu’il y a de plus archaïque. Les oppositions sociales se cristallisent, même si elles sont partiellement occultées par une opération d’ouverture médiatiquement réussie. Mais conduire un pays moderne à la grève est la marque d’un pays mal gouverné.
Quel regard portez-vous sur le divorce de Cécilia et Nicolas Sarkozy ?
Les grands événements de ces derniers jours, c’est malheureusement la journée de la misère et les mouvements d’inquiétude justifiée sur le front social.
Propos recueillis à Rome par Eric Jozsef et David Revault d’Allonnes pour Libération.
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Dimanche 21 octobre 2007
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17:05
Vingt pays de l’Union Européenne sur 27 possèdent un salaire minimum légal. Parmi eux, la valeur mensuelle brute, en janvier 2007, varie de 92 à 1 570 euros bruts (avant cotisations sociales du salarié), soit une échelle de 1 à 17 fois. Une fois corrigé des différences de coût de la vie, l’écart se réduit à un rapport de 1 à 7 en passant de 204 à 1 503 euros. Les écarts demeurent considérables : dans 10 pays, le minimum est inférieur à 300 euros mensuels. Notons que les pays qui ne figurent pas dans ce tableau ne disposent pas de salaire minimum de niveau national, mais peuvent avoir des minima variables suivant les secteurs d’activité.
Les salariés français figurent dans le haut du tableau, d’autant que leur durée du travail est de 35 heures contre 39, par exemple au Royaume-Uni. Mais tous les salariés au Smic en France ne touchent pas 1 200 euros brut. Comme dans les autres pays, les personnes employées en temps partiel ou par intermittence dans l’année n’en perçoivent qu’une partie. C’est l’un des principaux facteurs de l’existence des "travailleurs pauvres", dont les revenus sont inférieurs au seuil de pauvreté (un Smic à mi-temps par exemple).
Les données en chiffres :
Pays / En € / En Parité
Luxembourg 1570 / 1503
Irlande 1403 / 1141
Royaume-Uni 1361 / 1292
Pays-Bas 1301 / 1244
Belgique 1259 / 1203
France 1254 / 1150
Grèce 668 / 768
Espagne 666 / 724
Malte 585 / 805
Slovénie 522 / 701
Portugal 470 / 546
Rép. Tchèque 288 / 465
Hongrie 258 / 423
Pologne 246 / 389
Estonie 230 / 362
Slovaquie 217 / 351
Lituanie 174 / 324
Lettonie 172 / 310
Roumanie 114 / 204
Bulgarie 92 / 216
Turquie 298 / 498Etats-Unis 676 / 779
Source : Observatoire des inégalités
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Dimanche 21 octobre 2007
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16:51
Voici les principales innovations du nouveau traité européen, approuvé par les dirigeants de l'UE dans la nuit du jeudi 18 au vendredi 19 octobre, à Lisbonne.
Un traité, pas une Constitution
Alors que la Constitution remplaçait tous les traités par un texte unique, le nouveau traité amende les deux traités "fondateurs" (le traité de Rome de 1957 sur la Communauté européenne et le traité sur l'UE de Maastricht en 1992), comme les traités d'Amsterdam (1996) ou de Nice (2000).
Les termes qui pouvaient assimiler l'UE à un Etat fédéral sont éliminés. C'est le cas pour le mot "Constitution" ou les symboles (drapeau, hymne, devise), même si ces derniers continuent à exister.
De nouveaux droits pour les citoyens
Le traité rend contraignante la Charte des droits fondamentaux, 54 articles sur les droits du citoyen (liberté, égalité, droits économiques et sociaux). Bien que cette Charte ne concerne que le droit européen, et pas le droit national. La Grande-Bretagne et la Pologne ont obtenu une dérogation à son application.
Un million de citoyens européens peuvent "inviter" la Commission européenne à "soumettre" une proposition législative dans un domaine donné.
Des institutions remaniées
Au lieu d'une présidence tournante semestrielle, un président du Conseil européen (qui rassemble les dirigeants européens) sera élu par ses pairs pour deux ans et demi. La rotation restera pour la présidence des conseils des ministres.
Ce président préparera les sommets et représentera l'UE sur la scène mondiale, sans empiéter sur les pouvoirs renforcés du "Haut représentant de l'UE pour la politique étrangère et la sécurité".
Ce dernier, actuellement Javier Solana, devient vice-président de la Commission européenne et coordonne toute l'action extérieure de l'UE.
Pour plus d'efficacité, la Commission, qui fait les propositions législatives, comptera, à partir de 2014, un nombre de commissaires égal à deux-tiers des Etat membres, alors qu'actuellement chaque Etat a "son" commissaire.
Le Parlement européen va étendre son pouvoir de co-décision législative avec les Etats membres sur les questions sensibles de justice, sécurité et d'immigration légale. Les Parlements nationaux pourront demander à la Commission de revoir une proposition s'ils jugent qu'elle empiète sur leurs compétences.
Des prises de décisions facilitées
Le champ des décisions prises à la majorité qualifiée est étendu à une quarantaine de nouveaux domaines, principalement la coopération judiciaire et policière.
Britanniques et Irlandais ont obtenu de ne pouvoir appliquer les décisions dans ces domaines que lorsqu'ils le souhaitent, mais ils ne pourront pas freiner les autres.
L'unanimité demeure cependant la règle pour la politique étrangère, la fiscalité, la politique sociale ou la révision des traités.
Un nouveau système de vote
Une décision à la majorité qualifiée sera prise si elle obtient le soutien de 55% des Etats représentant 65% de la population de l'UE. Mais l'application de ce système a été différée à 2014, voire 2017, après un compromis complexe avec la Pologne.
De nouvelles politiques
Le traité introduit de nouveaux objectifs comme une politique commune de l'énergie et la lutte contre le réchauffement. Il reconnaît l'importance des services publics et introduit une "clause sociale" à prendre en compte dans chaque politique de l'Union.
La "concurrence non faussée", phrase qui avait fait polémique en France pendant le référendum, n'est plus un objectif mais un moyen nécessaire au bon fonctionnement du marché intérieur.
Clause de sortie
Le traité introduit la possibilité pour un pays de quitter l'Union dans des conditions à négocier avec ses partenaires.
Les réactions en France :
Yann Wehrling, porte-parole des Verts : "Ce bricolage européen ne résout rien, il ne relance nullement la construction européenne et ceux qui veulent une Constitution européenne pour une Europe politique ont beaucoup de travail devant eux". Réfutant le qualificatif de "simplifié" pour ce traité, il critique un texte "d'une confusion incroyable". S'il salue "le fait qu'on sortira enfin du blocage institutionnel complet que fut le Traité de Nice", il regrette une sortie "lointaine", en 2017.
"Ce qui est présenté comme des avancées (majorités simplifiées, fin du huis clos au Conseil, pouvoirs du Parlement doublés) est largement contrebalancé par des reculs". (Communiqué, vendredi 19 octobre)
Marielle de Sarnez, vice-présidente de l'UDF-MoDem: "En tenant compte de certaines des avancées démocratiques déjà contenues dans le traité constitutionnel, le nouveau traité va dans le bon sens car il permettra d'améliorer le fonctionnement des institutions (…). Pour autant, il ne règlera pas la question plus essentielle de l'avenir de l'Union, car la crise que traverse depuis plusieurs années l'Europe n'est pas simplement une crise de fonctionnement. C'est également une crise d'inspiration". L'adoption par les dirigeants de l'UE "du traité dit 'simplifié' -qui est en réalité d'une grande complexité- constitue certes un pas, mais dans une direction dont on a encore du mal à voir le sens, faute de volonté politique (…). En témoigne l'abandon des symboles européens (hymne, drapeau) qui constituaient pourtant un repère pour les citoyens". (Communiqué, vendredi 19 octobre)
Nicolas Sarkozy, président de la République: "La France s'engagera dans une ratification parlementaire et je souhaite que cette ratification puisse avoir lieu dans les plus brefs délais (...) C'est-à-dire au mois de décembre 2007". Un référendum est exclu, "ce serait un reniement de ma parole de faire". (Conférence de presse, vendredi 19 octobre)
Patrick Devedjian, secrétaire général de l'UMP: "C'est une très grande victoire de la France et de Nicolas Sarkozy dont l'engagement sans faille sur le dossier européen depuis maintenant 20 mois est aujourd'hui salué. (…) Initié par le président de la République et approuvé par l'ensemble de nos partenaires, ce traité permet à l'Europe de sortir d'une crise qu'elle connaissait depuis plusieurs années. Son adoption définitive va remettre le projet européen sur les rails (…). Grâce à cette initiative, la France réaffirme son fort attachement à la construction européenne et démontre que, plus que jamais, elle est l'un des moteurs de l'Union européenne". L'UMP réunira "prochainement" son bureau politique "pour tirer toutes les conséquences de cet événement". (Communiqué, vendredi 19 octobre)
Benoît Hamon, eurodéputé, porte-parole du Parti socialiste: "Le mini-traité est un texte médiocre et un sujet d'inquiétude pour l'avenir de l'Union européenne". "Le texte relève du règlement intérieur de l'UE plutôt que d'un traité fondateur". Il "manque d'ambition". "Ce texte ne permet pas la relance de l'Union européenne et son fonctionnement à 27".
Pour l'heure, le Parti socialiste "privilégie la voie référendaire" pour la ratification du texte, alors que le gouvernement a choisi la voie parlementaire. Toutefois, le PS "s'exprimera plus tard sur ce qu'il convient de faire". "Un groupe de travail" sera constitué par le bureau national du PS pour mener le débat sur le traité et sa procédure de ratification. Le nouveau traité "fait des mécontents de toutes parts, aussi bien chez les partisans du oui que du non". "Nicolas Sarkozy a privilégié un outil pour la communication" et "a échoué à modifier l'équilibre du traité constitutionnel". Le texte comporte des "points noirs": il "ne permet aucune avancée en matière de politique sociale, fiscale, monétaire et budgétaire". Les coopérations renforcées "restent difficiles", et la place des petits Etats "importante". (Déclaration à la presse, vendredi 19 octobre)
Axel Poniatowski, président de la commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale: "Je me réjouis de l'accord historique" obtenu au Conseil européen de Lisbonne sur un texte qui "permet de réconcilier les partisans du oui et ceux du non à l'ancien projet de Constitution européenne (…).Le Parlement français doit désormais donner l'exemple en ratifiant au plus vite ce nouveau traité modificatif, afin de permettre son entrée en vigueur dès 2009". Il faudrait que le gouvernement saisisse le Parlement "le plus rapidement possible" de ce traité, "dès qu'il aura été officiellement signé". (Communiqué, vendredi 19 octobre)
Valéry Giscard d'Estaing, ancien président français (ex-président de la Convention chargée de rédiger le projet de Constitution européenne, rejeté en 2005): "C'est l'essentiel : les outils proposés sont intacts. L'Union européenne pourra mieux fonctionner. (…) Aucune avancée nouvelle n'a été introduite. Le texte reprend l'ensemble des avancées institutionnelles contenues dans le projet constitutionnel (présidence, composition de la Commission, affaires extérieures, droits du Parlement européen, vote à la double majorité). (…) En revanche, le texte marque un recul en abandonnant le concept constitutionnel contenu dans la déclaration de Laeken, et les symboles européens (drapeau et hymne) pourtant adoptés par les citoyens. (…) Il n'est pas certain que (la) présentation complexe" du nouveau texte "facilite la compréhension des citoyens. (…) Quant au bilan des changements, il avantage principalement la Grande-Bretagne, qui jouira d'un statut particulier (…). La France, elle, n'a pas obtenu les changements réclamés par certains des partisans du 'non' au référendum (…). La concurrence 'libre et non faussée' figure toujours dans le projet (...) et la primauté du droit européen sur le droit national est confirmée (…). Il appartiendra maintenant aux gouvernements de conduire la procédure de ratification. (…) Dans quelques années, sous la pression du Parlement européen et des citoyens, on regroupera l'ensemble de ces dispositions dans un seul texte, qui donnera à l'Union européenne sa charte fondatrice, cohérente et lisible". (Déclaration à l'AFP, vendredi 19 octobre)
Pierre Lequiller, président de la délégation de l'Assemblée nationale pour l'UE : Cet "accord historique (…) permet enfin le dénouement de la crise institutionnelle. (…) Je souhaite qu'après la signature en décembre, la France soit parmi les premières sinon la première à le ratifier, ce qui serait un symbole important pour la présidence française" de l'UE au deuxième semestre 2008. (Dans les couloirs de l'Assemblée, vendredi 19 octobre)
Jean-Louis Dumont, député PS de la Meuse : Je suis un peu moins enthousiaste" devant l'absence d'information sur le contenu de l'accord. "Par prudence, j'attends de connaître le contenu"
Jack Lang, député PS du Pas-de-Calais : L'adoption du nouveau traité européen à Lisbonne est "une bonne nouvelle pour l'Europe". "Je m'en réjouis. Il était temps de sortir de l'impasse qui polluait la vie politique et les relations entre nos Etats. Cette issue heureuse nous permettra de traiter concrètement les vrais grands sujets du futur et en particulier, l'enseignement supérieur et la recherche, la culture, l'énergie et le développement durable. (…) Je forme le voeu que l'ensemble des partis politiques français, et le PS en particulier, apporte son soutien à ce projet". (Communiqué, vendredi 19 octobre)
Source : Nouvelobs.com
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